vendredi, 02 décembre 2016
QUATRE FILLES (6ème extrait)
A la sortie de son travail dans un supermarché à la périphérie de la ville, Noémie aperçoit Eric. Horreur, elle l'avait oublié pendant toute la journée. Il l'attend au milieu de l'allée centrale. Il s'avance vers elle en bousculant quelques personnes et lui tend aussitôt une boite contenant un millefeuille. Il lui dit : Bonsoir, j'ai pensé que cela te ferait plaisir.
Surprise, Noémie crispe ses mains sur son sac et fronce les sourcils. Que lui veut-il ? Elle le regarde dans les yeux et lui répond en faisant un pas sur le côté : excuse-moi, mais je suis pressée, j'ai des courses à faire.
Eric lui répond alors : ce n'est pas grave, on va les faire ensemble. Noémie se trouve prise au piège encore une fois. C'est tout de même fort. Elle se demande s'il va en faire une habitude. Elle reste plantée un instant sans bouger et sans savoir quoi faire. Puis, décidée, elle tourne les talons en se dirigeant vers l'entrée, au bout des caisses. Eric la rattrape et marche à ses côtés en gesticulant et en racontant sa journée passée au bureau. La situation devient étrange pour Noémie car elle ne le connaît que depuis deux jours et il la considère déjà comme "sa chose". Elle réfléchit à l'attitude à adopter dès demain car elle comprend qu'il ne va pas la lâcher. Et que de nouveau il sera là, à la sortie de son travail.
Quand ils arrivent à la caisse, Eric l'aide à emballer ses achats et ils sortent du magasin. Eric lui propose de la raccompagner chez elle en voiture. Elle refuse, poliment mais fermement. Il n'insiste pas. Il la quitte en lui disant d'un ton moqueur : à demain, même heure, passe une bonne soirée !
C'est bien ce que je pensais, se dit-elle, un homme normal ne ferait pas ça, un vrai pot de colle, une sangsue. C'est bien ma chance...
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mardi, 22 novembre 2016
QUATRE FILLES (5ème extrait)
Sur le chemin du retour, après qu'Eric ait laissé partir Noémie, celle-ci se presse mais avec la respiration coupée. En approchant de la maison de ses parents, elle se coiffe de nouveau et marque un temps d'arrêt pour respirer. Est-ce réel ce qu'elle vient de vivre en cette fin d'après midi ? Elle tourne lentement la clé dans la porte. Elle ne veut pas rentrer mais il le faut. Elle entre dans le couloir sur la pointe des pieds. Elle se dirige vers le salon et embrasse ses parents. Elle s'enferme ensuite dans la salle de bains. Elle plonge dans l'eau tiède et y reste un bon quart d'heure en se savonnant plus que de raison. Après le repas pris avec ses parents, elle monte dans sa chambre. Les dernières paroles d'Eric résonnent dans sa tête. Pourquoi lui a-t-il dit "à demain" ? Que sait-il de sa vie ? Noémie ne connait rien de celle d'Eric ou si peu. Judith lui avait raconté qu'il travaillait au service Ressources Humaines d'une entreprise de transport.
Le soleil vient de se coucher quand le portable de Noémie se met à vibrer. Anna l'appelle pour lui demander quelques nouvelles...
18:34 Publié dans QUATRE FILLES | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : écriture, nouvelles et textes brefs, auteur, culture, nouvelles
vendredi, 11 novembre 2016
QUATRE FILLES (4ème extrait)
Judith doit partir et laisse Noémie se débrouiller pour rentrer. Les deux amies d'Eric bavardent encore un moment et décident à leur tour de dire au revoir. La tête de Noémie tourne depuis une heure. Eric lui verse un quatrième verre de champagne au moment où elle veut se lever pour partir elle aussi. Noémie proteste. Eric rit et lui dit alors : bon, tu n'es pas pressée, tu vas rester encore un peu.
Elle n'a pas le temps de répondre qu'Eric se dirige vers la porte d'entrée et tourne le verrou. Le coeur de Noémie se serre. Elle se lève alors et prend son sac à main. Un grand silence règne dans le salon, la musique s'est arrêtée. Eric s'approche aussitôt de Noémie, elle recule mais son dos touche bientôt le mur. Elle essaie d'avancer mais impossible. Elle voit le visage d'Eric s'illuminer. Il s'approche encore plus près d'elle, il cherche sa bouche. Elle veut fuir, elle ne peut pas. Eric écrase ses lèvres sur celles de Noémie qui se sent perdue, paralysée, contre le mur du salon. Eric déboutonne son pantalon qui tombe bientôt sur ses chaussures...
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mardi, 01 novembre 2016
QUATRE FILLES (3ème extrait)
Judith se dirige vers la porte d'entrée et sonne à l'interphone. Elle se présente et Eric ouvre. Noémie et Judith montent les escaliers et aperçoivent au bout du couloir Eric qui leur crie : c'est ici ! Il les salue comme des princesses et toutes les deux entrent en lui souhaitant un joyeux anniversaire. Ils s'embrassent. Sur la table, les assiettes, les gâteaux et les bouteilles de champagne attendent. Eric ouvre de grands yeux et tend les bras vers les paquets que les deux amies lui tendent. Il les remercie en disant : il ne fallait pas, merci beaucoup. Puis il leur présente deux jeunes filles blondes. Il met un disque et invite tout le monde à s'installer sur le canapé. Il offre un flûte de champagne à chacune d'elles et un morceau de gâteau. Eric rit beaucoup. Noémie se demande pourquoi aucun garçon n'est présent à cette fête. Elle trouve que quelque chose "cloche", elle le trouve niais mais elle ne dit rien et bavarde avec les autres. Quand les verres sont vides, Eric les remplit et rit de plus belle....
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vendredi, 29 juillet 2016
LES CHIENS DE MON GRAND PERE
Sur les photos de mes grands-parents paternels, trois chiens, à différentes époques, posent devant le photographe. Je n'en ai connu que deux mais je me souviens surtout du dernier.
FURAX dans les années 30 et 40 pose en famille ou seul avec mon père, devant la maison ou dans la cour.
TOM, un magnifique Berger Allemand, que l'on appelait aussi TOTOM, avait été recueilli par mon grand-père juste après la seconde guerre. On racontait dans la famille qu'il errait dans les rues mais on n'a jamais su vraiment à qui il appartenait. Mes parents et grands-parents l'aimaient beaucoup. Après ma naissance, maman aimait raconter que TOM me léchait les pieds quand je posais sur la table de la salle à manger, sûrement quand maman me langeait. Je ne sais pas quand TOM est décédé, j'étais trop petite et certainement que sa disparition avait laissé un grand vide.
PUCCI, que j'ai bien connu dans les années 60 et 70, avait été donné par une voisine de mes grands-parents. Je me souviens qu'il courait à la fenêtre de la cuisine de mes grands-parents, celle qui donnait sur la rue, quand il entendait au loin le solex de grand-père arriver. Il courait ensuite comme un fou à la porte de la maison en aboyant sans arrêt. Quand PUCCI est décédé, le grand vide laissé n'a jamais été comblé, mes grands-parents pensaient qu'il était plus sage, vu leur grand âge, 80 ans et plus, de ne pas adopter un autre animal.
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samedi, 28 mai 2016
DANS LA FORET (souvenir d'enfance)
Nous passions de bons moments dans la forêt, les dimanches, dès que le printemps arrivait. Les feuilles de l'automne dernier, tombées sur le sol, formaient un tapis qui sentait bon.
Pendant que nos parents discutaient avec grand-père et grand-mère autour d'une petite table de pique nique, nous partions à la découverte du coin. Maman nous surveillait de temps en temps et nous demandait de ne pas nous éloigner. Comme Robinson sur son île, nous construisions une cabane avec les plus belles branches. Nous choisissions les plus solides pour qu'elles résistent au poids des branchages et feuilles que nous posions au-dessus. Cette cabane nous semblait très confortable avec son tapis de mousse et de feuilles.
Papa nous racontait que des sangliers passaient ici la nuit comme le jour. Nous cherchions alors des traces de leurs passages sur les sentiers encore humides. De temps en temps des craquements se faisaient entendre au loin. Nous nous cachions derrière un arbre, silencieux, espérant voir ces bêtes noires que nous avions découvertes dans la bande dessinée offerte à Noël par grand-mère. Je veux parler des aventures de Sylvain et Sylvette. Mais jamais nous n'avons vu de sangliers.
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vendredi, 29 avril 2016
ZOE VOYAGE
ZOE voyage en tramway avec son papa et sa maman. Comme une grande, elle porte un sac à main.
Maman l'a coiffée de longues tresses maintenues au-dessus de la tête, en chignon.
Zoé regarde autour d'elle, puis ouvre la fermeture éclair de son sac. Elle en sort des lunettes de soleil qu'elle garde dans la main.
Maman la regarde et lui demande :
- tu ne mets pas tes lunettes ?
- non...
- alors range-les.
- non...
- Il faut les mettre.
- non...
Zoé réfléchit un moment en regardant par la fenêtre puis remet ses lunettes dans son sac.
Elle regarde à nouveau autour d'elle et prend son téléphone portable bleu et blanc au fond de son sac.
Elle parle à sa maman puis cherche son papa qui se trouve debout, derrière elles.
Pensive, elle range son téléphone dans le sac et regarde de nouveau autour d'elle... Puis, au signal de papa, tous les trois descendent du tramway.
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vendredi, 01 avril 2016
LA FEMME FANTOME
Elle est montée dans la rame de tramway en suivant les autres et a validé son ticket. Elle s'est assise sur une place libre, tout en tenant son sac des deux mains, un peu comme une petite fille... Je la regardais car elle paraissait étrange : ses cheveux sans couleur pendaient sur son visage fripé. Ses yeux cernés regardaient le sol. Les yeux vides, le regard immobile, elle resta ainsi tout le long du court voyage qui l'emmenait vers le centre ville. Je pensais alors que c'était peut être sa première sortie depuis cinquante ans. Son sac me rappelait celui de maman, celui qui est sur la photo prise devant notre ancienne maison, le jour du déménagement, je n'avais alors que 2 ans. Mais celui de la femme fantôme était sale, des traces de doigts le recouvraient par endroits. Où allait-elle ? J'imaginais qu'elle venait de rendre visite à son médecin qui l'avait autorisée à prendre quelques jours afin de voir sa famille. Mais en avait-elle ? Avait-elle une maman, une soeur, un enfant ?
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samedi, 05 mars 2016
RENCONTRE
Guitare à la main et sac sur l'épaule, elle est venue s'asseoir sur la banquette, près de la fenêtre du tramway. Ses cheveux noirs étaient retenus par un élastique dans le cou. Elle lissait ses deux mèches longues, de chaque côté de ses yeux clairs. Elle écoutait un garçon et une fille racontant en riant leur journée au lycée. Le tramway roulait en secouant les passagers. Ses yeux clairs, maquillés de noir et de gris, se fermaient de temps en temps. Elle se mit tout à coup à chercher l'heure dans la poche de son sac. Elle allait arriver bientôt à destination, à son cours avec le professeur qui la suit depuis plusieurs mois. Elle ne voulait surtout pas arriver en retard....
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mercredi, 17 février 2016
LA COIFFEUSE
Lucie, jeune cousine de ma grand-mère maternelle, tenait un salon de coiffure, au rez de chaussée de sa maison. Maman prenait rendez-vous pour ses 4 filles en même temps. Nous y allions à pied, le salon se trouvant au bout de notre boulevard, sur une petite place près d'un calvaire. Après avoir poussé le petit portail de la cour, on suivait sur la gauche l'allée. En contournant le coin de la maison, nous entrions par une porte sur le côté.
En attendant que Lucie ait terminé de s'occuper de sa dernière cliente, nous regardions les tubes de crèmes pour peaux grasses et sèches, les tubes de fonds de teint de différentes couleurs, les bâtons de rouges à lèvres et les vernis sur les présentoirs.
Puis Lucie nous invitait à nous asseoir dans les grands fauteuils noirs en attendant que la dame paye et dise au revoir. Lucie prenait alors son petit balai et ramassait les cheveux tombés sur le sol.
Puis elle nous disait : "à qui le tour ?". La première qui répondait était la première servie. Lucie coupait nos cheveux, les unes après les autres. Elle nous demandait comment se passaient nos journées à l'école, ou si nous profitions bien de nos vacances. Nous étions bavardes et elle s'amusait de nos histoires. Quand elle avait terminé de nous coiffer, elle nous offrait des échantillons de crèmes qu'elle sortait d'un de ses grands tiroirs. Puis ma soeur aînée ouvrait le porte-monnaie de maman pour payer Lucie qui comptait les francs déposés sur le comptoir. Nous nous regardions encore une fois dans les miroirs accrochés au mur en souriant et nous lui disions au revoir en la remerciant.
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